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La République Démocratique du Congo à l’honneur au FICAK : un cinéma de mémoire, de résistance et de renaissance

EL HANBALI Aziz -Tanwer.ma

La République Démocratique du Congo sera l’invitée d’honneur de la 26e édition du Festival International du Cinéma Africain de Khouribga, prévue du 30 mai au 6 juin 2026. Ce choix donne à cette édition une portée particulière, car il met en lumière une cinématographie africaine riche, complexe et longtemps confrontée à de nombreux défis. À travers cette invitation, le festival rend hommage à un pays immense par son histoire, sa diversité culturelle, sa mémoire politique et son imaginaire artistique.

Mettre La République Démocratique du Congo à l’honneur à Khouribga, ce n’est pas seulement célébrer un pays invité. C’est aussi reconnaître un cinéma qui s’est construit dans des conditions souvent difficiles, entre manque d’infrastructures, instabilité politique, rareté des financements et faiblesse des circuits de diffusion. Pourtant, malgré ces obstacles, le cinéma congolais n’a jamais cessé d’exister. Il a su produire des œuvres fortes, portées par la mémoire, la résistance, la critique sociale, la musique, l’urbanité et les réalités profondes du pays.

L’histoire du cinéma en RDC commence avant l’indépendance, à l’époque du Congo belge. Les premières productions étaient alors principalement réalisées dans un cadre colonial ou missionnaire. Le cinéma servait d’outil d’éducation, de propagande, d’évangélisation et d’encadrement social. Il ne s’agissait pas encore d’un cinéma congolais pleinement autonome, puisque les Congolais étaient rarement maîtres de leur propre représentation. Cependant, cette période a permis l’apparition des premières expériences locales et la formation progressive de quelques techniciens et artistes.

Après l’indépendance de 1960, le cinéma congolais a tenté de s’affirmer dans un contexte politique instable. Le pays a connu plusieurs bouleversements qui ont freiné le développement d’une véritable industrie cinématographique. Malgré cela, des créateurs ont cherché à construire une expression propre, capable de raconter la société congolaise de l’intérieur. La ville, la musique, les rêves de la jeunesse, les tensions sociales et la mémoire nationale sont devenus des thèmes importants de cette cinématographie naissante.

Une étape majeure est représentée par Mwezé Ngangura, l’une des grandes figures du cinéma congolais moderne. Son film La Vie est belle, coréalisé avec Benoît Lamy et porté par la présence de Papa Wemba   reste une œuvre emblématique. Ce film a marqué l’histoire du cinéma africain francophone par sa manière de représenter Kinshasa, la musique populaire, l’espoir, l’amour et le désir d’ascension sociale. Il a aussi montré qu’un cinéma congolais populaire, vivant et accessible pouvait exister tout en gardant une véritable valeur artistique.

Les années 1990 et 2000 ont vu émerger un cinéma davantage marqué par l’exil, la diaspora, le documentaire et la mémoire politique. Des cinéastes comme Balufu Bakupa-Kanyinda et Monique Mbeka Phoba ont joué un rôle important dans cette évolution. Le premier a développé une œuvre critique, souvent politique et satirique, tandis que la seconde a contribué à inscrire le documentaire congolais dans une réflexion sur l’histoire, l’identité, la culture et la transmission. Ces parcours montrent que la diaspora a longtemps été un espace essentiel pour la survie et la visibilité du cinéma congolais.

Un autre tournant important est venu avec Djo Tunda Wa Munga, réalisateur et producteur né à Kinshasa. Avec Viva Riva!, il a donné au cinéma congolais une dimension nouvelle, plus urbaine, plus nerveuse et plus proche du cinéma de genre. Ce thriller, situé dans une Kinshasa nocturne et électrique, a connu une large reconnaissance internationale. Il a prouvé qu’un film congolais pouvait dialoguer avec les codes du polar et du cinéma mondial sans perdre son ancrage local.

Le développement du cinéma congolais reste toutefois lié à la question des infrastructures. Pendant longtemps, le pays a souffert du manque de salles de cinéma, d’écoles spécialisées, de laboratoires, de fonds de soutien, de réseaux de distribution et d’institutions publiques capables d’accompagner durablement la création. Cette situation a obligé de nombreux réalisateurs à travailler dans des conditions précaires, à chercher des coproductions à l’étranger ou à passer par les festivals internationaux pour faire connaître leurs œuvres.

Ces dernières années, des signes de structuration sont apparus. La création et le renforcement d’organismes dédiés au cinéma, l’émergence de formations spécialisées, le rôle de l’Institut National des Arts de Kinshasa et l’implication de collectifs professionnels témoignent d’une volonté de construire un véritable écosystème cinématographique. Le pays dispose d’un important potentiel humain, avec des réalisateurs, techniciens, scénaristes, producteurs et acteurs capables de porter des projets ambitieux. Ce potentiel demande cependant à être soutenu par des politiques publiques, des moyens financiers et des espaces de diffusion adaptés.

Le cinéma congolais ne se limite pas à une seule tendance. Il s’est construit autour de plusieurs courants. Le premier est celui du cinéma éducatif et missionnaire hérité de la période coloniale. Le deuxième est celui d’un cinéma populaire et musical, très lié à Kinshasa et à la culture urbaine. Le troisième est celui du documentaire politique et social, qui occupe aujourd’hui une place centrale. Ce documentaire interroge les institutions, les guerres, les violences, les élections, l’école, la police, les mouvements sociaux et les blessures collectives du pays.

Dans ce domaine, Dieudo Hamadi occupe une place majeure. Ses films, parmi lesquels Atalaku, Examen d’État, Maman Colonelle et En route pour le milliard, ont donné une visibilité internationale au documentaire congolais. Son cinéma observe la société avec rigueur, humanité et courage. Il donne la parole à ceux qui sont souvent oubliés : les victimes, les élèves, les femmes, les citoyens ordinaires et les populations confrontées aux conséquences de la guerre ou de l’injustice.

À côté du documentaire, de nouvelles formes apparaissent aujourd’hui. Les séries, les courts métrages, les films indépendants, les productions numériques et les projections alternatives témoignent d’une grande vitalité créative. Dans un pays où les salles de cinéma restent peu nombreuses, les initiatives de projection en plein air et les circuits culturels alternatifs jouent un rôle important. Elles permettent au public de renouer avec l’expérience collective du cinéma et donnent une visibilité aux œuvres locales.

Parmi les figures importantes de cette cinématographie, il faut également citer Kiripi Katembo Siku, photographe et réalisateur, associé à des œuvres collectives qui ont contribué à renouveler le regard sur la RDC contemporaine. Son travail, à la croisée du cinéma, de la photographie et de l’art visuel, a participé à l’émergence d’une nouvelle génération d’artistes congolais attentifs aux réalités urbaines et sociales.

Les productions récentes confirment cette dynamique. Le film En route pour le milliard de Dieudo Hamadi a donné une dimension internationale à la mémoire des victimes de la guerre des Six Jours à Kisangani. Augure de Baloji, réalisateur belgo-congolais, a également marqué les esprits par son exploration des croyances, de la famille, du retour au pays et des tensions entre héritage africain et expérience diasporique. Ces œuvres montrent que la RDC inspire aujourd’hui un cinéma à la fois intime, politique, poétique et profondément contemporain.

L’invitation de La République Démocratique du Congo à la 26e édition du Festival International du Cinéma Africain de Khouribga arrive donc à un moment important. Elle permet de mettre en valeur une cinématographie en pleine mutation, qui cherche à passer d’une logique d’initiatives individuelles à celle d’un secteur plus structuré. Elle donne aussi l’occasion au public marocain et africain de découvrir un cinéma qui parle de mémoire, de blessures, de résistance, de villes, de musique, de jeunesse et d’avenir.

À Khouribga, la République Démocratique du Congo ne sera pas seulement représentée par ses films. Elle le sera aussi par son histoire, ses artistes, ses combats culturels et son ambition de construire une industrie cinématographique plus solide. Son cinéma porte les traces d’un pays traversé par de grandes épreuves, mais aussi par une énergie créatrice remarquable. Il raconte un Congo multiple, douloureux et vibrant, où l’image devient un moyen de témoigner, de réparer et d’imaginer d’autres futurs.

En choisissant La République Démocratique du Congo comme invitée d’honneur, le Festival International du Cinéma Africain de Khouribga rappelle que le cinéma africain se construit dans la diversité de ses parcours. Il se nourrit des grandes industries comme des cinématographies fragiles, des œuvres populaires comme des films d’auteur, des récits de mémoire comme des expérimentations nouvelles. Le cinéma congolais appartient pleinement à cette histoire. Il est à la fois un miroir de la RDC et une voix essentielle du continent africain.

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