EL HANBALI Aziz -Tanwer.ma
La 26ᵉ édition du Festival International du Cinéma Africain de Khouribga s’est achevée dans une atmosphère à la fois solennelle, chaleureuse et profondément émouvante, confirmant une nouvelle fois la place singulière de ce rendez-vous dans le paysage cinématographique africain. Durant plusieurs jours, Khouribga a vibré au rythme des projections, des débats, des rencontres professionnelles, des hommages et des échanges autour des grandes questions qui traversent aujourd’hui le cinéma du continent
La cérémonie de clôture a constitué l’un des moments forts de cette édition, réunissant cinéastes, comédiens, critiques, professionnels du secteur, invités africains et internationaux, ainsi qu’un public fidèle venu célébrer la vitalité du 7ᵉ art africain. Dans une ambiance empreinte d’émotion, la soirée a rendu hommage à la créativité des cinémas africains, à leur diversité esthétique, à leur force narrative et à leur capacité à porter les mémoires, les blessures, les espoirs et les combats des peuples du continent

L’un des temps marquants de cette clôture fut le vibrant hommage rendu au grand cinéaste camerounais Bassek Ba Kobhio, figure majeure du cinéma africain, dont le parcours artistique et l’engagement culturel ont largement contribué à la reconnaissance des images africaines sur la scène internationale. Cet hommage a rappelé l’importance de la transmission entre générations, mais aussi le rôle des pionniers dans la construction d’une conscience cinématographique africaine libre, exigeante et ouverte sur le monde
La soirée a également été marquée par la remise de distinctions honorifiques et par l’annonce du palmarès officiel, très attendu par les professionnels et les cinéphiles. Le jury a distingué des œuvres venues de plusieurs pays africains, confirmant la richesse d’une production cinématographique traversée par des thèmes puissants : la mémoire, la justice, les blessures sociales, les rapports de domination, l’identité, l’enfance, la condition féminine et les fractures contemporaines
Le Grand Prix Ousmane Sembène a été attribué au film « La Voix de Hind Rajab » de Kaouther Ben Hania représentant la Tunisie. Cette récompense consacre une œuvre forte, portée par une écriture cinématographique sensible et engagée, fidèle à l’esprit du prix qui porte le nom d’un des pères fondateurs du cinéma africain
Le Prix du Jury Noureddine Saïl est revenu au film égyptien « The Settlement » de Mohamad Rashad, saluant une proposition cinématographique remarquée par sa rigueur narrative et sa profondeur sociale. En portant le nom de Noureddine Saïl, cette distinction rappelle aussi l’héritage d’un grand défenseur de la culture cinématographique au Maroc et en Afrique
Le Prix de la Réalisation Idrissa Ouédraogo a été décerné au film marocain « Goundafad » d’Ali Benjelloun, une œuvre qui confirme la présence remarquée du cinéma marocain dans cette édition. Cette distinction met en lumière le travail de mise en scène du réalisateur et sa capacité à inscrire son récit dans une écriture visuelle forte
Le Prix du Scénario Samir Farid a récompensé « La Mémoire du Manguier » de Nicolas Sawalo Cissé, représentant le Sénégal. À travers ce prix, le festival a salué l’importance de l’écriture dans la construction d’un cinéma africain capable de faire dialoguer l’intime, la mémoire collective et les imaginaires culturels
Côté interprétation, le Prix du Meilleur Rôle Masculin Mohamed Bastaoui a été attribué au comédien marocain Younes Bouab pour son rôle dans « L’Héritier des Secrets ». Cette récompense vient consacrer une performance portée par la sensibilité, la retenue et la complexité intérieure d’un personnage confronté aux secrets familiaux, à l’identité et à la quête de vérité
Le Prix du Premier Rôle Féminin est revenu à Michelle Lemuya Ikeny pour son interprétation dans « NAWI », représentant le Kenya. Cette distinction met en avant une présence féminine forte et rappelle la place centrale qu’occupent les héroïnes africaines dans de nombreux récits contemporains du continent
La compétition des courts métrages a, elle aussi, révélé de belles promesses cinématographiques. Le Grand Prix Nejib Ayad a été attribué au film marocain « Another End » de Tarick Rasmi, confirmant la vitalité de la jeune création marocaine. Le Prix du Scénario Poulin Soumanou Vieyra a récompensé « Anima » de Boubécrine Ibrahim El Mony, représentant la Mauritanie. Enfin, une Mention spéciale du Jury a été décernée au court métrage égyptien « The Sea Remember My Name » de Hussein Hossam
À travers ce palmarès, le FICAK a une nouvelle fois affirmé son rôle de plateforme essentielle pour la visibilité des cinémas africains. Loin d’être un simple événement de projections, le festival s’impose comme un espace de réflexion, de dialogue et de reconnaissance, où se croisent les générations, les esthétiques et les préoccupations du continent
Cette 26ᵉ édition aura ainsi été marquée par la diversité des récits, la qualité des débats, la profondeur des œuvres présentées et l’engagement d’un public toujours au rendez-vous. Elle a également permis de rappeler que le cinéma africain n’est pas un bloc uniforme, mais un territoire multiple, traversé par des langues, des histoires, des mémoires et des sensibilités différentes
En félicitant les lauréats, les jurys, les réalisateurs, les partenaires, les bénévoles et l’ensemble du public, le Festival International du Cinéma Africain de Khouribga referme cette édition sur une note d’espoir et de fierté. Khouribga, fidèle à sa vocation, demeure une capitale du cinéma africain, un lieu où les images du continent trouvent un écran, une voix et une reconnaissance
Le clap de fin de cette 26ᵉ édition ne marque donc pas une fin, mais une promesse : celle de poursuivre l’aventure, de défendre les cinémas africains, de soutenir leurs auteurs et d’ouvrir encore davantage les fenêtres du festival sur les imaginaires du continent.
Khouribga donne déjà rendez-vous aux amoureux du 7ᵉ art pour une nouvelle édition, avec la même conviction : le cinéma africain a encore beaucoup à dire, beaucoup à montrer et beaucoup à transmettre au monde
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