À chaque édition du Festival de Cannes, la section Un Certain Regard s’impose comme un espace à part, où le cinéma se découvre autrement plus libre, plus audacieux, souvent plus intime. Pour cette 79e édition, cette sélection emblématique sera présidée par l’actrice française Leïla Bekhti, entourée d’un jury international qui promet une lecture sensible et nuancée des œuvres en compétition.
Autour d’elle, quatre personnalités aux univers bien distincts : la productrice sénégalaise Angèle Diabang, le compositeur libanais Khaled Mouzanar, la réalisatrice italienne Laura Samani et le cinéaste français Thomas Cailley. Cinq regards, cinq sensibilités, appelés à dialoguer pour faire émerger un palmarès fidèle à l’esprit d’ouverture et de découverte qui caractérise cette section.
Pour Leïla Bekhti, cette première expérience en tant que présidente de jury est avant tout une aventure humaine. Elle parle d’écoute, de partage, de doutes aussi — ces moments fragiles qui nourrissent le regard critique. À ses yeux, le cinéma reste un lieu de rencontre : avec les autres, avec soi-même, avec le monde. Et c’est justement cette posture, proche de celle du public, qu’elle revendique.
Son parcours explique cette sensibilité. Révélée dans Un prophète, elle s’est imposée au fil des années comme une actrice capable de traverser les genres sans jamais perdre en intensité. De la comédie au drame, elle incarne des personnages profondément humains, ce qui fait d’elle une présidente à la fois exigeante et accessible.
Le jury qu’elle préside reflète cette diversité. Angèle Diabang, figure engagée du cinéma africain, apporte une expérience forgée sur le terrain, au plus près des réalités sociales et humaines. Depuis plus de vingt ans, elle construit une œuvre tournée vers les questions de société, les droits humains et les parcours féminins, contribuant à faire entendre des voix souvent invisibilisées.
De son côté, Laura Samani incarne une nouvelle génération de cinéastes européens. Avec Piccolo Corpo, elle a marqué les esprits par un cinéma délicat et habité, où les personnages féminins cherchent leur place face aux normes sociales. Son regard, à la fois sensible et exigeant, devrait peser dans les débats.
Le Français Thomas Cailley apporte quant à lui une approche singulière, à la croisée du réalisme et du fantastique. Depuis Les Combattants jusqu’à Le Règne animal, il interroge les mutations du monde et notre rapport à l’autre, à la nature, à ce qui nous échappe. Une réflexion contemporaine qui trouve naturellement sa place dans une sélection tournée vers l’avenir.
Enfin, Khaled Mouzanar complète ce jury avec une sensibilité musicale et artistique transversale. Connu pour ses collaborations avec Nadine Labaki, notamment sur Capharnaüm, il incarne une vision du cinéma où les arts dialoguent et se répondent, entre émotion, engagement et mémoire.
L’an dernier, la récompense principale avait distingué le réalisateur chilien Diego Céspedes, confirmant la vocation d’Un Certain Regard : révéler les talents de demain et accompagner les écritures émergentes.
Cette année encore, tout laisse penser que les discussions seront riches, parfois intenses, mais toujours guidées par une même exigence : celle de faire émerger des œuvres qui comptent. Car au-delà des prix, Un Certain Regard reste avant tout un espace de découverte, où le cinéma se réinvente, film après film.