EL HANBALI Aziz
La 26e édition du Festival International du Cinéma Africain de Khouribga s’annonce comme un rendez-vous culturel majeur, fidèle à l’esprit qui anime cette manifestation depuis sa création : célébrer le cinéma africain, valoriser ses grandes figures et renforcer les liens artistiques et humains entre les peuples du continent.
Cette année, le festival rendra hommage à deux personnalités importantes du cinéma et de la culture africaine : l’artiste et acteur marocain Younes Megri, en reconnaissance de son riche parcours artistique et de sa contribution remarquable au cinéma et à la musique marocains, ainsi qu’à Bassek Ba Kobhio, également connu sous le nom d’Émile Basack Bapobio, directeur de production, réalisateur et délégué général du Festival Écrans Noirs, pour son engagement constant en faveur du développement et du rayonnement du cinéma africain à l’échelle continentale et internationale.
À travers ce double hommage, le festival confirme son attachement aux pionniers du septième art et aux valeurs de dialogue culturel, de créativité et d’ouverture entre les peuples africains.
Né à Oujda, au Maroc, le 15 novembre 1951, Younes Megri occupe une place particulière dans le paysage artistique marocain. Très tôt attiré par la musique, il a étudié au Conservatoire national de musique du Maroc à Rabat, avant de poursuivre sa formation à l’École normale de musique de Malesherbe à Paris. Son parcours musical débute au sein du groupe Les Frères Megri, qu’il forme avec ses frères et sa sœur. Ce groupe a marqué la scène marocaine à la fin des années 1960 et au début des années 1970, en introduisant une sensibilité musicale nouvelle, influencée par les évolutions de la musique internationale.
Au début des années 1970, Younes Megri compose la chanson « Leli Touil », qui connaît un grand succès au Maroc, dans le monde arabe et en Europe. Cette chanson, devenue emblématique, a également été interprétée par le groupe Boney M et par la chanteuse française Maria De Rossi. Grâce à ce titre, l’artiste reçoit un disque d’or et consolide sa notoriété sur la scène musicale. En 1985, il se produit à l’Olympia à Paris, une étape importante dans sa carrière solo.
Mais Younes Megri ne s’est pas limité à la chanson. À partir des années 1990, il s’oriente également vers la musique de film, en composant pour des productions marocaines et internationales. Il contribue notamment à des œuvres comme « Leïla la pure » et « 8MM » de Gabriel Axel, où il collabore avec Michael Danna en tant que consultant musical. Cette ouverture vers le cinéma marque une nouvelle étape dans son parcours artistique.
Son passage au métier d’acteur se fait notamment grâce au directeur de casting et réalisateur marocain Ahmed Boulane, qui contribue à le faire connaître dans le cinéma marocain et international. Le premier long métrage de Boulane, « Ali, Rabiaa et les autres… » sorti en 2000, joue un rôle déterminant dans la carrière de Younes Megri et le place parmi les acteurs majeurs du cinéma marocain. Il retrouvera par la suite Ahmed Boulane dans « Les Anges de Satan » en 2007 et « Le Retour du fils » en 2012.
Younes Megri a également travaillé avec plusieurs réalisateurs marocains de renom. Il joue notamment dans « Face à face » d’Abdelkader Lagtaâ, « La Symphonie marocaine » et « Sotto voce » de Kamal Kamal, ainsi que dans « L’Orchestre des Aveugles » de Mohamed Mouftakir. Par son jeu, sa voix, sa présence et sa sensibilité artistique, il a su construire une identité singulière, à la croisée de la musique, du cinéma et de la mémoire culturelle marocaine.
Le second hommage sera consacré à Bassek Ba Kobhio, figure importante du cinéma africain. Avant de se consacrer au septième art, il a suivi des études de sociologie et de philosophie, une formation qui a profondément nourri sa vision artistique et son regard sur les sociétés africaines. Il a également été responsable des services de la cinématographie à Yaoundé, au Cameroun, avant de s’imposer comme réalisateur et acteur culturel engagé.
En 1991, il réalise « Sango Malo », un film qui reçoit en 1992 le Prix du public au 2e Festival du cinéma africain de Milan, en Italie. Cette œuvre marque un moment important dans sa carrière et confirme son intérêt pour un cinéma porteur de réflexion sociale, d’identité et de mémoire.
Bassek Ba Kobhio est également le réalisateur de plusieurs films marquants, dont « Le Grand Blanc de Lambaréné » en 1994, « Le Silence de la forêt » en 2003, adaptation du roman d’Étienne Goyémidé, ainsi que « Gouverneurs de la Rosée » en 2018. Ses réalisations témoignent d’une volonté de donner une visibilité aux réalités africaines, tout en inscrivant le cinéma du continent dans un dialogue avec les grandes questions humaines et universelles.
Son engagement ne se limite pas à la réalisation. Il est aussi le fondateur du festival Écrans Noirs, devenu l’un des rendez-vous majeurs du cinéma africain. À travers cette initiative, il a contribué à offrir un espace de rencontre, de diffusion et de reconnaissance aux cinéastes africains. Il a également participé à une série de courts-métrages initiés par l’ACCT, devenue aujourd’hui l’Organisation internationale de la Francophonie, autour des fables de La Fontaine. Dans ce cadre, il a réalisé « La Poule aux œufs d’or », une adaptation appréciée pour sa finesse et sa créativité.
Par ailleurs, Bassek Ba Kobhio a œuvré à la formation des jeunes talents, notamment à travers la création de classes de cinéma avec le soutien des services de coopération culturelle de l’Ambassade de France et de l’Unesco. Cette dimension pédagogique montre son attachement à la transmission, à la professionnalisation et à l’avenir du cinéma africain.
En honorant Younes Megri et Bassek Ba Kobhio, le Festival International du Cinéma Africain de Khouribga célèbre deux trajectoires différentes mais complémentaires. Le premier incarne la richesse de la création marocaine, entre musique, cinéma et mémoire artistique. Le second représente l’engagement panafricain pour un cinéma capable de raconter le continent, de former ses talents et de porter ses voix au-delà des frontières.
Cette 26e édition confirme ainsi le rôle essentiel du festival comme espace de reconnaissance, de dialogue et de rayonnement culturel. Elle rappelle que le cinéma africain n’est pas seulement un art de l’image, mais aussi un lieu de mémoire, de transmission, de rencontre et d’ouverture entre les peuples.
EL HANBALI Aziz -Directeur de Publication de Tanwer.ma
زر الذهاب إلى الأعلى